Fragments de l'homme mort

J’ai choisi la nuit

J’ai cru pouvoir deviner les mots
pour sculpter le vent invisible à mon cœur
J’ai cru pouvoir écrire en une page
l’amour en son sein, rivage trop éphémère
J’ai cru pouvoir tracer les arabesques fugaces
fugaces, fugaces toujours

Mais c’est un univers de formes, où dansent les flammes
Sur quelque pensée sagace, dépourvue d’émail, dépourvue d’émaux

Alors j’ai choisi la nuit
pour apprivoiser les silences, y survivre une minute pleine et conjurer le tonnerre
Alors j’ai choisi la nuit
pour pétrir l’augure, glaise incandescente des lendemains épris
Alors j’ai choisi la nuit
j’ai choisi la nuit toujours, pour vivre nos amours éveillé

Par défaut
Fragments de l'homme mort

La complexité d’une main

­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­Qu’est-ce que la complexité d’une main
face à la mort
Un univers de fables en ombres chinoises
clair-obscur

Le moindre détail d’une existence passagère
dans le mouvement des doigts
le grain de la peau, comme un langage
d’éternité abstraite et absolue

Le vent comme une caresse
un cri, des larmes
interstice de nos peurs insaisissables
si réelles

Par défaut
Terminaisons amoureuses

Toi

Toute chose est à sa place
pérenne, inaltérée
horizons labiles du chaos vraisemblable

Mais je frémis soudain
de tenir mon sang si secret
à mon cœur épris

Ardente lune
tes regards sont les nuées
d’un sable coureur d’évangiles

Je confonds les possibles
pour te savoir toi et moi à tes yeux
aimé !

Par défaut
Lumière et distance

Seuils horizon

J’ai usé les tableaux
Bruegel et Modigliani
La mort et sa roue
Le portrait d’une femme

Je regardais ce bout de couloir
ses icônes, fictions de l’enfance
La porte, le corridor,
l’antichambre d’un secret

L’ébauche d’une fable, fixée
aux traits des passions définitives
je les ai goûtées, douce impatience
Je les ai tant aimées depuis

Par défaut
Pulsations

Aquarius

Je pleure cette mer tapie d’un champ de bruyère
frontière de l’exil pour ces corps trop jeunes usés
interdits au rivage fraternel, qui échouent à l’ossuaire
des saluts amers, offense à la Méditerranée
Ainsi vont les bateaux de l’incertitude
dans le pâle matin, en leur triste solitude
Je pleure cette mer en son linceul

Par défaut