Lumière et distance

Présage du mot qui vient

Multitudes
dans le souffle frêle de l’implacable attente
luisent des cascades de sable

évanescentes
qui portent la nacre éphémère d’un songe
où dansent les éclats de la sagesse

l’abandon
et les rivages simples à l’orbe clairvoyante
l’éloquence du rêveur

Illuminé
le mouvement dans le froissement du vide
l’aile délicate et la feuille ruisselante

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Rivages

De houle longue

Cet océan n’est plus
Dépouillé de ses courants, inertie et abandon
il a perdu la mémoire

La crête de chaque vague, sublime
porte le chant irrésolu de l’ombre, errance
de l’azur passé

L’écume s’est tue
multitude sidérée du ressac devenu muet
Le flot est silence, silence

Au plus profond de l’abîme
le froid a meurtri les cœurs de sa morsure
d’airain et de poussière

Où êtes-vous, tumultes ?
Je vous ai perdus. Mes mains, de paume vide
ne sont que larmes contenues

Ce cri, nous l’avons oublié
Effroi et murmure de la houle qui sombre
illusoire et régulière

Ce cri, l’entends-tu ?
C’est celui de nos premières heures
L’éveil de l’onde

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Lumière et distance

Instance de l’aînée

Laisse-moi là

assise sur ce rocher des confins du monde
dans ce petit village de pêcheurs, dont les
baraques sommaires épousent l’océan

La lumière y est belle au-delà de l’indifférence
comme ce matin où je t’ai vu naître, enfant des
vagues au rire iodé, pétillant du souffle de la vie

Nous avons tant chéri la grâce délicate du sable
entre nos mains, l’éclat suffocant de nos joies
devant l’intensité de l’onde et de ses baisers

Oui, donne-moi

A contempler une fois encore l’horizon régulier
de l’hiver, et sentir l’écume impétueuse pour dire
la rage intime qui m’a accompagnée tout le jour

J’ai tant aimé le tourment des ciels de mars
où je reconnais là-bas cet oiseau au vol égal
l’aile messagère, pleine d’un vent d’éternité

Il m’est lié, je le comprends désormais, en
passagère d’un avenir qui est le tien, porté
par l’aspiration sereine d’un rêve à moi inconnu

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Terminaisons amoureuses

Poème pour nous deux

Tu sauras toi aussi un jour deviner des mondes
dans les vides pourpres de l’aurore
Méditer les interstices passagers de l’oubli,
en promeneuse des astres aux douces ruses
Je t’attendrai là-bas, dans ces failles de l’aube
où Aimer s’étonne des pétales d’une rose

Tu sentiras ma main faiblir, docile au souffle
d’une éternité aux miels imperturbables
Tes lèvres épelleront un mot à nous deux
inconnu, insondable à nos cœurs incertains
Et nous apprendrons alors ensemble
dans l’absence singulière de nos corps retrouvés

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Pulsations

Spectres bruns

Quand soudain le silence se fait, autour
de quelques silhouettes délicatement apprêtées
la foule s’émerveille du sort qui la vit abdiquer
Elle admire alors ce petit monde aux tristes atours
et s’embrase du charisme d’aucun, à la pale figure
de quelques airs faussement mutins

Ce qu’il y a de génie dans l’incurie batailleuse
des dresseurs du nombre, qui vaticinent
la grâce pour de sombres immondices !
Qui puise des secrets dans la connivence des
astres, qui charme des serpents insensés
pour embrasser le mutisme des sphinx

Ainsi est-on conquis, incrédule, vif de son
apaisement, se pensant en homme libre
quand la harangue immole les cœurs

Mais que valent ces lendemains, drapées de
l’illusion fraternelle, le chœur éteint de l’intime
ahuri, devenu inconnu à soi-même, perdu ?

Rien
Rien que le silence n’aspire à confondre le
silence, pour entendre à nouveau la plaidoirie
patiente de nos destins retrouvés

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