Rivages

L’esprit des dunes

Là, sous des havres de soleil
les pêcheurs à pied bredouillent à midi
des repas de pain et d’huîtres

Dans l’énigme d’un jeu à la règle futile
les enfants pépient des rires opalins
sur le sable enivré de leur jeunesse

Les amants s’étourdissent d’un mot
sous quelques ciels intrépides
Alanguis du parfum suave des immortelles
égayées par le vent

Et je regarde au loin l’océan confiant
une vague pour ambassade

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De houle longue

Cet océan n’est plus
Dépouillé de ses courants, inertie et abandon
il a perdu la mémoire

La crête de chaque vague, sublime
porte le chant irrésolu de l’ombre, errance
de l’azur passé

L’écume s’est tue
multitude sidérée du ressac devenu muet
Le flot est silence, silence

Au plus profond de l’abîme
le froid a meurtri les cœurs de sa morsure
d’airain et de poussière

Où êtes-vous, tumultes ?
Je vous ai perdus. Mes mains, de paume vide
ne sont que larmes contenues

Ce cri, nous l’avons oublié
Effroi et murmure de la houle qui sombre
illusoire et régulière

Ce cri, l’entends-tu ?
C’est celui de nos premières heures
L’éveil de l’onde

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Rivages

Flâneries réciproques

J’ai gagné le fleuve ce jour de septembre
absorbé par la brume évanescente au petit matin
rivière de lait à l’ondoiement indécis

Soudain quelque martin-pêcheur s’égaye là
et se rit de moi ses apparitions fulgurantes
pour troubler ma mélancolie passagère

Les frênes s’en attendrissent et assiègent ma peine
frondaisons automnales bercées par un soleil tranquille
qui donne à mes ébauches des perspectives plus sincères

S’abandonner
le temps d’un éclat, cet éclat
miroir de mes parages clandestins

La mer perle à mes yeux des embruns sauvages
regards avides et sombres de la nacre claire-obscure
écume furieuse aux bruissements balsamiques

C’est un spectacle de Fous de Bassan
unanimes à la parade de l’aube animée
témoins flegmatiques des jours de mars

Le paysage épouse un camaïeu de gris
qu’un vent malicieux transfigure les nuages
et perce l’horizon d’un rai à l’orbe argentine

S’abandonner
le temps d’un éclat, cet éclat
miroir de mon âme océane

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