Laisse-moi là
assise sur ce rocher des confins du monde
dans ce petit village de pêcheurs, dont les
baraques sommaires épousent l’océan
La lumière y est belle au-delà de l’indifférence
comme ce matin où je t’ai vu naître, enfant des
vagues au rire iodé, pétillant du souffle de la vie
Nous avons tant chéri la grâce délicate du sable
entre nos mains, l’éclat suffocant de nos joies
devant l’intensité de l’onde et de ses baisers
Oui, donne-moi
A contempler une fois encore l’horizon régulier
de l’hiver, et sentir l’écume impétueuse pour dire
la rage intime qui m’a accompagnée tout le jour
J’ai tant aimé le tourment des ciels de mars
où je reconnais là-bas cet oiseau au vol égal
l’aile messagère, pleine d’un vent d’éternité
Il m’est lié, je le comprends désormais, en
passagère d’un avenir qui est le tien, porté
par l’aspiration sereine d’un rêve à moi inconnu