Lumière et distance

Instance de l’aînée

Laisse-moi là

assise sur ce rocher des confins du monde
dans ce petit village de pêcheurs, dont les
baraques sommaires épousent l’océan

La lumière y est belle au-delà de l’indifférence
comme ce matin où je t’ai vu naître, enfant des
vagues au rire iodé, pétillant du souffle de la vie

Nous avons tant chéri la grâce délicate du sable
entre nos mains, l’éclat suffocant de nos joies
devant l’intensité de l’onde et de ses baisers

Oui, donne-moi

A contempler une fois encore l’horizon régulier
de l’hiver, et sentir l’écume impétueuse pour dire
la rage intime qui m’a accompagnée tout le jour

J’ai tant aimé le tourment des ciels de mars
où je reconnais là-bas cet oiseau au vol égal
l’aile messagère, pleine d’un vent d’éternité

Il m’est lié, je le comprends désormais, en
passagère d’un avenir qui est le tien, porté
par l’aspiration sereine d’un rêve à moi inconnu

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Lumière et distance

Un crépuscule bleu patient

Te souviens-tu de nos vingt ans révolus
quand dans le brouillard joueur, nous devisions
des destins heureux ?

Nous vivions là, dans la frêle insouciance du
vent, disciples des cœurs simples, le pas
affirmé de l’impatience naïve

Dans l’impasse des heures, ils te sont devenus
un étrange soupir, et je vis pour nous deux
le chant de l’aube, amère et complice

Les rues sont à elles-mêmes retournées, dans
ce tintamarre de mille lunes gouailleuses
chéries et oubliées

Mais dans le soir espiègle de mes nuits
les étoiles vibrent comme un jeu d’enfant
sur nos jeunesses alanguies

Adorées

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Lumière et distance

Contrepoint

Dans la fenêtre un reflet s’invente des
trajectoires fugitives, insaisissables
réalité de nos pas qui s’éloignent ou
réponse à nos pensées obliques

L’être se devine dans cette dissociation
image furtive de la distance de soi
comme un acte de rappel salutaire
pour s’affranchir des mondes courbes

Dehors l’obscurité s’emmêle, opaque
dans son infinité radieuse, nuit réelle
intemporelle pourtant, mémoire de
l’imagination, forme vive du dedans

Cette pensée nous effleure soudaine
présente toujours en soi-même
dans cet intervalle discret des songes
contre-point fugace, immuable du réel

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Lumière et distance

Lueurs

J’ai cherché
à l’ombre des pierres séculaires
où le sable si vaste embrasse l’allégresse
les matins d’hier


J’ai dévoré les racines d’une éternité sauvage
l’âme assoiffée des parfums oubliés
où la dune en éveil
trompe l’écueil de ma mémoire plurielle

J’ai consulté les adages de mes empires lointains
tracé deux runes, fureur et tendresse
qu’un vent résistant, porte depuis si longtemps

J’ai ri de moi, le pas suspendu
aux reflets opalins de la lune amie
Lueur, je t’ai cherchée
Lueurs, j’ai survécu

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