Fragments de l'homme mort

Mélancolie

Les étoiles pleurent un miel d’amertume
halos oubliés des siècles impertinents
Mon souffle s’égare sur les carreaux d’hiver
que la buée anime et tristement éteint

Je devise des épices inopportunes
pensées étourdies de mon cœur safran
errance desséchée de mes fantaisies d’hier

A l’orée inquiète des nuits sans lune
mon regard est un spectre patient
l’œil assoiffé des zéniths ordinaires
qui s’étonne trop peu de ne voir rien

L’abîme, écrin affligé de mon serment
joue des airs de lyre éphémères
consolation des allégresses nocturnes

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Fragments de l'homme mort

Mur horizon

J’ai longtemps marché le long de ce mur de tuffeau froissé par les ans
Flânerie ordinaire
égayée par la révérence aimable de quelque valériane purpurine
que le vent accapare de ses instances soudaines

Ce mur est mon horizon, il ne m’appartient pas de le franchir
Minutes blêmes
il n’est pour l’abolir qu’une bise amie propre à animer les pages
les notes égarées d’un rire cristallin, vestige de ma liberté perdue

Je converse alors avec la pierre mille portes aux arabesques sauvages
Illusion amère
que ce langage amène souffle à l’impertinence d’une idée asservie
l’Iris des lendemains plus subtils, risée des pas anciens

Ce mur n’existe pas, il n’a jamais existé

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Trois notes

Nos vies de murmure
pianotent sur l’étal des jours
l’adagio irrésolu
de nos sentiments soudains

Nous filons le siècle
trois notes suspendues
l’existence en clair-obscur
l’âge vagabond

Toutes nos jeunesses
tes yeux pour harmonie
le souffle pourpre

Trois notes définitives
qui scandent mes ténèbres
en un éclat patient

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Fragments de l'homme mort

Au seuil des maisons

Il est des bancs de lichen et de solitude
pour accueillir la vieillesse messagère
qui devise les mains offertes
pour dire l’éblouissement d’une vie

Le désir est une lampe bleu pétrole
qui projette aux confins du monde
des parfums suaves et écarlates

Les baleines s’en émeuvent, qui
méditent des théorèmes aqueux, où
la parole se perd dans les limons
d’une éternité passagère

Mais tout de même encore
à la nuit tombée
les bancs de solitude sont là
qui conversent entre eux

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J’ai choisi la nuit

J’ai cru pouvoir deviner les mots
pour sculpter le vent invisible à mon cœur
J’ai cru pouvoir écrire en une page
l’amour en son sein, rivage trop éphémère
J’ai cru pouvoir tracer les arabesques fugaces
fugaces, fugaces toujours

Mais c’est un univers de formes, où dansent les flammes
Sur quelque pensée sagace, dépourvue d’émail, dépourvue d’émaux

Alors j’ai choisi la nuit
pour apprivoiser les silences, y survivre une minute pleine et conjurer le tonnerre
Alors j’ai choisi la nuit
pour pétrir l’augure, glaise incandescente des lendemains épris
Alors j’ai choisi la nuit
j’ai choisi la nuit toujours, pour vivre nos amours éveillé

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