Fragments de l'homme mort

L’ombre des pins dunaires

Parce que j’ai inventé
enfant, les vies interdites
de mille hommes à venir

Parce que j’ai goûté
le bonheur simple des lucioles
à l’éveil de l’astre

Parce que j’ai souffert
les larmes arides d’une main
arrachée à son âme

Parce que j’ai aimé
le langage vacillant d’un cœur
en offrande à l’orage

Parce que j’ai saisi
les lignes d’une intelligence rieuse
dans la migration des nuages

Je me reconnais multitudes dans les rêveries de l’exil
sous des océans transpercés de lumière
Invité humble et farouche des franges éphémères
de l’émerveillement

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Fragments de l'homme mort

La confession de l’hiver

Par delà les brumes hyalines et suffocantes
je devine les soleils diaphanes de décembre
la torpeur du vide, espace amer de l’indéfini

La lumière m’étourdit de ses baisers de givre
mélancolie blanche de l’absence des nuages
Le ciel, impavide, est du bleu de l’attente

Tout semble ici n’être que saisissement,
figé dans le langage dépouillé des arbres
entrelacs sauvages des branches mises à nu

La nuit patiente dans l’étendue de sa substance
compagne impartiale des songes du promeneur
L’hiver s’écrit dans le ruissellement des étoiles

Et mon être vit là, dans la conversation du feu
à l’écoute du serpentement sucré des flammes
en quête de sagesse dans la volupté de l’âtre

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L’Au revoir à la peintre

Ce que le silence doit au silence
La certitude du trait
égayée par une goutte d’eau

L’aquarelle délicate
pour dire la plénitude d’une vie
aujourd’hui éteinte

Des couleurs froides
le bleu pour dire une vie trop tôt arrachée
le mauve pour dire la vie malgré tout

La réserve et l’élégance
pour dire l’insignifiance d’une goutte d’eau
qui change tout, sauf aujourd’hui

L’insignifiance d’une larme, pour apaiser la nuit
pour apaiser l’oubli
Malgré tout

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L’absente

A l’aube d’une nuit de cauchemars
je t’ai compris partie pour toujours
Arrachée à moi par une éternité amère
ce mot que j’ai cru si doux, à jamais
interdit

Un spectre a déposé sur ma bouche
un abîme de désespoir, le baiser
impossible d’une sublime étreinte
le goût du sel, perdu dans l’absence de
ta peau

Alors j’ai creusé cette terre avec les dents
pour y arracher des clous d’un autre siècle
et pétrir à genou l’émail, la glaise et la rouille
Errance effarée de l’exil qui me dévore
nu

Une pluie insensée tombe à verse
sur mon corps fumant de douleur
Je ne ressens rien, je n’existe plus
le souffle vide de me savoir vivant
sans toi

Je gis là, blotti dans un linceul de brume
les sanglots étouffés par un ciel de silence
les lamentations des arbres pour ultime prière
Mais que sont ces larmes, quand à jamais
je t’ai perdue

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Mes vies de sable

J’ai dormi là, à l’ombre des immortels
sur le sable fraichissant une nuit sans lune
le cœur à l’agonie, las de sa couche vermeille
Trop ému d’être seul, l’affection en sommeil
j’ai convoqué une pieuvre et une murène
amies de ma flamme effarée, blême à l’effroi
J’ai rêvé des allégories fabuleuses
tant d’étoiles adorables en mon âme étourdie
ou étais-je éveillé ?

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