Lumière et distance

Autopoïèse

J’ai respiré les fleurs
le soleil et la froidure
les murmures lacustres

Les vents, blancs

J’ai respiré l’amertume
la couleur de l’errance
l’absence et l’abandon

Les parfums, sourds

J’ai respiré les sourires
l’inconnu de tes bras
les baisers humides

L’étendue, être deux

J’ai respiré une seconde
les brasiers du jour
l’océan vivant

Et la nuit

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Fragments de l'homme mort

La confession de l’hiver

Par delà les brumes hyalines et suffocantes
je devine les soleils diaphanes de décembre
la torpeur du vide, espace amer de l’indéfini

La lumière m’étourdit de ses baisers de givre
mélancolie blanche de l’absence des nuages
Le ciel, impavide, est du bleu de l’attente

Tout semble ici n’être que saisissement,
figé dans le langage dépouillé des arbres
entrelacs sauvages des branches mises à nu

La nuit patiente dans l’étendue de sa substance
compagne impartiale des songes du promeneur
L’hiver s’écrit dans le ruissellement des étoiles

Et mon être vit là, dans la conversation du feu
à l’écoute du serpentement sucré des flammes
en quête de sagesse dans la volupté de l’âtre

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Terminaisons amoureuses

Adolescences

Dansons encore une fois
les arabesques rieuses des contes
Tout a été chanté
il n’est que ta main pour dire l’avenir

Devinons dans cette lame
l’entrelacs hardi et inspiré de tes doigts
Nos vies inachevées
pour abolir l’oubli et son miel de honte

Déferlons nos âmes
la fêlure courbe du poignet pour émoi
A jamais hantée
ta paume ardente, ouverte en un sourire

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Fragments de l'homme mort

L’Au revoir à la peintre

Ce que le silence doit au silence
La certitude du trait
égayée par une goutte d’eau

L’aquarelle délicate
pour dire la plénitude d’une vie
aujourd’hui éteinte

Des couleurs froides
le bleu pour dire une vie trop tôt arrachée
le mauve pour dire la vie malgré tout

La réserve et l’élégance
pour dire l’insignifiance d’une goutte d’eau
qui change tout, sauf aujourd’hui

L’insignifiance d’une larme, pour apaiser la nuit
pour apaiser l’oubli
Malgré tout

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Rivages

L’esprit des dunes

Là, sous des havres de soleil
les pêcheurs à pied bredouillent à midi
des repas de pain et d’huîtres

Dans l’énigme d’un jeu à la règle futile
les enfants pépient des rires opalins
sur le sable enivré de leur jeunesse

Les amants s’étourdissent d’un mot
sous quelques ciels intrépides
Alanguis du parfum suave des immortelles
égayées par le vent

Et je regarde au loin l’océan confiant
une vague pour ambassade

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