Ce matin
Je suis allé visiter le Musée des vies d’art qui n’ont pas eu lieu
C’est un endroit fabuleux
Avec ses collections d’artistes
On s’y sent bien
Chacun dans son art est talentueux
C’est manifeste et mémorable
Mais aucun n’a su donner à sa vie
Ce geste artistique qui le rend original
Accompli
Alors ils se sont rassemblés ici
Incomplets
A la recherche de…, de quoi d’ailleurs ?
Mais c’est trop tard, ce n’est plus le moment
Et ils le savent bien
Mais tout de même ils conjecturent
Un moyen
Ça les occupe, un peu, et puis
Ils rêvent
De ce moyen, ce moyen qui existe
Mais qui a dû leur échapper
Et pourtant ils sont là
Originaux et accomplis
Dans le Musée des vies d’art qui n’ont pas eu lieu
Archives Mensuelles: août 2022
L’assassin
Tu dis
Là est un corps perdu pour la vie
L’aube sur le lac et le vol des mésanges
Étendu, inerte le flanc transpercé
Par la querelle de tous les jours
Tu dis
Cet homme n’a jamais été un homme
Le cœur vil épris d’un soupçon
La main glaciale vite honteuse
Et tu as raison
Tu dis
Je ne sais plus qui je suis
Je ne sais plus pleurer
Dans les brumes de toi la première fois
Depuis longtemps tu t’es enfuie
Tu dis
Peut-être
Tu dis partir
Mais de vous deux tu sais
Qui est l’assassin d’une vie
Là-bas cependant
Il est en ce lieu un comble
Arraché au silence corrompu de l’abandon
La ruine des jours sombres
Confiée à la mémoire de ceux qui ont fui
Mais tous ont oublié
La candeur de l’albâtre et le verre poli
Là-bas cependant
Tu entendras
La prière absurde du mélèze
Le chant taciturne du hibou
Pour dire la patience des cœurs éperdus
Là-bas cependant
Tu entendras
Le chant du bois l’âme grise
Les veines incandescentes de l’aube
Qui déchirent les brumes de l’ennui
Là-bas cependant
Tu comprendras
Le sourire de la pluie l’âtre chancelant
De toutes nos vies l’éveil
Le murmure fragile suspendu
Haïkus du printemps
Les pins s’épanchent
Dans le miroir des vagues
Tous les bleus d’avril
Je n’aime pas les romances
Je n’aime pas les Romances
Qu’y puis-je, c’est comme ça
Cela me crée des exaspérations
C’est dire si je ne les aime pas
Alors je rumine
Les romances au musée !
Ou quelque chose comme ça
C’est bien le moins que l’on puisse faire
Vous ne trouvez pas ?
Bien sûr les ravis de la rengaine récalcitrent
Ou renâclent si vous préférez
Ils récitent des vers empruntés
A d’autres, forcément
Ils font des pas de deux, de côté en somme
Cela me crée des exaspérations
Encore
J’accumule
Alors je déblatère
Les romances au pilori !
L’affaire est sérieuse n’en doutez pas
Quoique vous fussiez enclin à en rire
Surtout pas !
Je n’aime pas les Romances
Qu’y puis-je, ne me quittez pas