Fragments de l'homme mort

L’ombre des pins dunaires

Parce que j’ai inventé
enfant, les vies interdites
de mille hommes à venir

Parce que j’ai goûté
le bonheur simple des lucioles
à l’éveil de l’astre

Parce que j’ai souffert
les larmes arides d’une main
arrachée à son âme

Parce que j’ai aimé
le langage vacillant d’un cœur
en offrande à l’orage

Parce que j’ai saisi
les lignes d’une intelligence rieuse
dans la migration des nuages

Je me reconnais multitudes dans les rêveries de l’exil
sous des océans transpercés de lumière
Invité humble et farouche des franges éphémères
de l’émerveillement

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Terminaisons amoureuses

Demain peut-être

Les mots perdus que je n’ai pas su dire
figés dans l’instant animé d’un regard
coïncidence avisée de nos mondes mêlés
seconde sublime à l’éternité offusquée

Te savoir là demain, demain peut-être
deviser avec moi-même et apprivoiser
une raison avide, vide, affolée, épuisée
pour te dire les mots qui n’existent pas

Saurais-je les mots pour te dire demain
Nos âmes plumes dans l’herbe folle
le songe de l’eau pour naître au monde
la danse du vent pour habiter ton sourire

Demain peut-être, je saurais ces mots superflus
superflus peut-être

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Pulsations

L’indifférence

Ce matin, un homme s’est effondré
étendu, là, dans la rue
évanoui, une minute peut-être
mais bientôt mort
de froid

Il n’aura pas su nous dire
l’inertie rampante, la zébrure du givre
qui marbre l’asphalte
du fond de ses yeux
clos

Cet homme je l’ai vu, oui
étendu, là, dans l’étonnement
ce matin sourd, une minute peut-être
je ne me souviens
plus

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Echos

Gravités

Je reconnais
cette plume qui s’attarde
indécise
dans le vent léger et changeant
pénétrée
du ridicule des batailles perdues
consciente néanmoins d’être à soi
unique
en son mouvement
vertige impartial de l’altérité

Cette plume
je l’ai distraite de l’errance
pour prédire l’avenir
et son éloquence

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