Fragments de l'homme mort

L’Au revoir à la peintre

Ce que le silence doit au silence
La certitude du trait
égayée par une goutte d’eau

L’aquarelle délicate
pour dire la plénitude d’une vie
aujourd’hui éteinte

Des couleurs froides
le bleu pour dire une vie trop tôt arrachée
le mauve pour dire la vie malgré tout

La réserve et l’élégance
pour dire l’insignifiance d’une goutte d’eau
qui change tout, sauf aujourd’hui

L’insignifiance d’une larme, pour apaiser la nuit
pour apaiser l’oubli
Malgré tout

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Rivages

L’esprit des dunes

Là, sous des havres de soleil
les pêcheurs à pied bredouillent à midi
des repas de pain et d’huîtres

Dans l’énigme d’un jeu à la règle futile
les enfants pépient des rires opalins
sur le sable enivré de leur jeunesse

Les amants s’étourdissent d’un mot
sous quelques ciels intrépides
Alanguis du parfum suave des immortelles
égayées par le vent

Et je regarde au loin l’océan confiant
une vague pour ambassade

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Lumière et distance

Présage du mot qui vient

Multitudes
dans le souffle frêle de l’implacable attente
luisent des cascades de sable

évanescentes
qui portent la nacre éphémère d’un songe
où dansent les éclats de la sagesse

l’abandon
et les rivages simples à l’orbe clairvoyante
l’éloquence du rêveur

Illuminé
le mouvement dans le froissement du vide
l’aile délicate et la feuille ruisselante

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Rivages

De houle longue

Cet océan n’est plus
Dépouillé de ses courants, inertie et abandon
il a perdu la mémoire

La crête de chaque vague, sublime
porte le chant irrésolu de l’ombre, errance
de l’azur passé

L’écume s’est tue
multitude sidérée du ressac devenu muet
Le flot est silence, silence

Au plus profond de l’abîme
le froid a meurtri les cœurs de sa morsure
d’airain et de poussière

Où êtes-vous, tumultes ?
Je vous ai perdus. Mes mains, de paume vide
ne sont que larmes contenues

Ce cri, nous l’avons oublié
Effroi et murmure de la houle qui sombre
illusoire et régulière

Ce cri, l’entends-tu ?
C’est celui de nos premières heures
L’éveil de l’onde

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Lumière et distance

Instance de l’aînée

Laisse-moi là

assise sur ce rocher des confins du monde
dans ce petit village de pêcheurs, dont les
baraques sommaires épousent l’océan

La lumière y est belle au-delà de l’indifférence
comme ce matin où je t’ai vu naître, enfant des
vagues au rire iodé, pétillant du souffle de la vie

Nous avons tant chéri la grâce délicate du sable
entre nos mains, l’éclat suffocant de nos joies
devant l’intensité de l’onde et de ses baisers

Oui, donne-moi

A contempler une fois encore l’horizon régulier
de l’hiver, et sentir l’écume impétueuse pour dire
la rage intime qui m’a accompagnée tout le jour

J’ai tant aimé le tourment des ciels de mars
où je reconnais là-bas cet oiseau au vol égal
l’aile messagère, pleine d’un vent d’éternité

Il m’est lié, je le comprends désormais, en
passagère d’un avenir qui est le tien, porté
par l’aspiration sereine d’un rêve à moi inconnu

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