Lumière et distance

Contrepoint

Dans la fenêtre un reflet s’invente des
trajectoires fugitives, insaisissables
réalité de nos pas qui s’éloignent ou
réponse à nos pensées obliques

L’être se devine dans cette dissociation
image furtive de la distance de soi
comme un acte de rappel salutaire
pour s’affranchir des mondes courbes

Dehors l’obscurité s’emmêle, opaque
dans son infinité radieuse, nuit réelle
intemporelle pourtant, mémoire de
l’imagination, forme vive du dedans

Cette pensée nous effleure soudaine
présente toujours en soi-même
dans cet intervalle discret des songes
contre-point fugace, immuable du réel

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Fragments de l'homme mort

Mélancolie

Les étoiles pleurent un miel d’amertume
halos oubliés des siècles impertinents
Mon souffle s’égare sur les carreaux d’hiver
que la buée anime et tristement éteint

Je devise des épices inopportunes
pensées étourdies de mon cœur safran
errance desséchée de mes fantaisies d’hier

A l’orée inquiète des nuits sans lune
mon regard est un spectre patient
l’œil assoiffé des zéniths ordinaires
qui s’étonne trop peu de ne voir rien

L’abîme, écrin affligé de mon serment
joue des airs de lyre éphémères
consolation des allégresses nocturnes

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Rivages

Flâneries réciproques

J’ai gagné le fleuve ce jour de septembre
absorbé par la brume évanescente au petit matin
rivière de lait à l’ondoiement indécis

Soudain quelque martin-pêcheur s’égaye là
et se rit de moi ses apparitions fulgurantes
pour troubler ma mélancolie passagère

Les frênes s’en attendrissent et assiègent ma peine
frondaisons automnales bercées par un soleil tranquille
qui donne à mes ébauches des perspectives plus sincères

S’abandonner
le temps d’un éclat, cet éclat
miroir de mes parages clandestins

La mer perle à mes yeux des embruns sauvages
regards avides et sombres de la nacre claire-obscure
écume furieuse aux bruissements balsamiques

C’est un spectacle de Fous de Bassan
unanimes à la parade de l’aube animée
témoins flegmatiques des jours de mars

Le paysage épouse un camaïeu de gris
qu’un vent malicieux transfigure les nuages
et perce l’horizon d’un rai à l’orbe argentine

S’abandonner
le temps d’un éclat, cet éclat
miroir de mon âme océane

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Pulsations

Sédition

Je ne veux pas de votre quiétude docile
sommeil complaisant ivre de lui-même
l’oubli des vivants que l’on enterre
sur les bas-côtés des routes de toujours

Je ne veux pas de vos sourires las
qu’empruntent à la vie vos cœurs tièdes
oraison fraternelle qui étale sa misère et meure
sur le pavé lugubre de vos villes absentes

Je ne veux pas de votre bon sens suffisant
que des sondages pleutres érigent en statues
les républiques endormies au sein couvert
et drape de paresse les jours émancipés

Je ne veux pas de vos sexes torves
qu’inspire la chair contrainte
sous quelques expiations malsaines
en offrande à l’orgasme coupable

Je ne veux pas de vos heures hurlantes
qu’expire le râle de vos pâles envies
satisfaction des jours ordonnés,
complice ordinaire au silence trahi

Je veux un rocher pour tourment
le contempler au loin une minute pleine
du haut de cette montagne sans âme
Je veux le trouble et l’émoi

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